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L'entrepreneuriat à Impact au Togo · 14/07/2026

Apprendre à entreprendre avant vingt-cinq ans : ce que l'école peut et ne peut pas faire

On demande beaucoup à l'éducation entrepreneuriale. Résoudre le chômage des jeunes, réorienter une génération formée pour la fonction publique vers la création d'entreprise, transformer les mentalités. Ces attentes sont excessives, et leur excès finit par discréditer des dispositifs qui font pourtant un travail utile.

Après plusieurs années passées auprès de programmes qui interviennent en milieu scolaire et universitaire au Togo et au Burkina Faso, je voudrais proposer une évaluation plus modeste et, je crois, plus juste.

Ce que ces programmes ne font pas

Ils ne créent pas d'entrepreneurs. La proportion d'élèves ayant participé à un programme de mini-entreprise qui créeront effectivement une société reste faible, et il serait malhonnête de prétendre le contraire.

Ils ne remplacent pas non plus l'expérience. Un lycéen qui a vendu des savons pendant un trimestre n'a pas appris à diriger une entreprise ; il a appris qu'une entreprise existe et qu'elle obéit à des règles.

Ils ne compensent pas les défauts structurels du système éducatif. Un élève qui maîtrise mal l'écrit et le calcul ne deviendra pas gestionnaire parce qu'il a participé à un projet de quelques mois.

Ce qu'ils font, et qui compte

Ils transmettent, en revanche, quelque chose de difficile à acquérir ailleurs.

D'abord une expérience du réel économique. Un jeune qui a acheté de la matière première, fixé un prix, vendu, compté sa caisse et constaté qu'il avait perdu de l'argent a compris en trois mois ce que dix cours magistraux n'auraient pas transmis. Ce moment de vérité, quand le tableau de résultat contredit l'enthousiasme, est le coeur pédagogique de l'exercice.

Ensuite des compétences transversales qui servent quelle que soit la trajectoire : parler devant un groupe, négocier, répartir un travail, respecter une échéance, rendre compte. Un ancien participant qui entre comme salarié dans une entreprise s'y montre souvent plus autonome que ses camarades. C'est un effet réel, sous-estimé parce qu'il ne figure dans aucun indicateur de création d'entreprise.

Enfin, un déplacement du regard. Dans des sociétés où l'emploi salarié stable reste la référence familiale et sociale, découvrir qu'on peut créer sa propre activité élargit l'éventail des possibles. Cela ne se traduira pas nécessairement à vingt ans, mais peut resurgir à trente-cinq.

Ce qui distingue un bon dispositif

L'expérience permet d'identifier quelques conditions.

La première est la réalité de l'exercice. Une mini-entreprise qui vend vraiment, avec de l'argent réel et des clients réels, enseigne. Une simulation sur papier n'enseigne rien. Le risque de perdre les fonds fait partie de la valeur pédagogique, et il faut l'assumer plutôt que de garantir le résultat.

La deuxième est la présence d'un professionnel extérieur. Un chef d'entreprise qui consacre quelques heures par mois à une équipe d'élèves apporte une crédibilité qu'aucun enseignant ne peut avoir sur ce terrain, et ouvre un accès à un monde que ces jeunes ne côtoient pas.

La troisième est la durée. Un module de deux semaines produit de l'animation. Un programme suivi sur une année scolaire produit un apprentissage. C'est aussi la raison pour laquelle ces dispositifs coûtent cher et résistent mal aux financements courts.

La quatrième est l'implication de l'établissement. Un programme porté par un seul enseignant motivé disparaît avec sa mutation. Un programme inscrit dans le projet de l'établissement, avec un créneau horaire et une reconnaissance dans l'évaluation, survit.

Une question de patience

Le principal ennemi de l'éducation entrepreneuriale est l'exigence de résultats immédiats. Les financeurs veulent des chiffres de création d'entreprise à douze mois. Or l'effet réel se mesure sur dix ans, sur des trajectoires professionnelles, et il est presque impossible à isoler statistiquement.

Cela ne signifie pas qu'il faut renoncer à mesurer. Cela signifie qu'il faut mesurer ce qui est mesurable et honnête : le nombre de jeunes ayant réellement mené un projet jusqu'à la vente, ce qu'ils déclarent avoir appris, leur situation deux ans après.

Et accepter que le résultat le plus précieux de ces programmes soit peut-être le plus modeste : une génération qui sait ce qu'est un coût de revient, une facture et un client. Dans nos économies, ce n'est pas un mince acquis.