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L'entrepreneuriat à Impact au Togo · 18/02/2025

La trésorerie tue plus d'entreprises togolaises que la concurrence

Une entreprise qui ferme n'a pas forcément un mauvais produit. Dans la majorité des cas que nous avons suivis, elle avait des clients, une marge correcte, parfois même un carnet de commandes. Elle est morte parce qu'à un moment donné, il n'y avait plus d'argent en caisse pour payer ce qui devait être payé.

La distinction entre rentabilité et trésorerie paraît technique. Elle est vitale. Une entreprise est rentable quand elle gagne plus qu'elle ne dépense sur une période. Elle est solvable quand elle a l'argent au moment où l'échéance tombe. On peut être l'un sans l'autre, et c'est ce décalage qui tue.

Le mécanisme, tel qu'on le voit sur le terrain

Prenons un cas typique, à peine simplifié. Une entreprise de transformation obtient un contrat avec trois établissements scolaires. Excellente nouvelle : le volume triple. Pour l'honorer, elle achète de la matière première comptant, parce que ses fournisseurs ne font pas crédit. Elle paie ses ouvrières à la semaine. Elle livre en octobre. Le paiement arrive en janvier, après relances.

Entre octobre et janvier, l'entreprise a décaissé pendant trois mois sans encaisser. Sur le papier, elle a réalisé sa meilleure année. En pratique, elle a emprunté à un taux ruineux pour tenir, a perdu un fournisseur qu'elle n'a pas pu payer, et a fermé son atelier six semaines. Le contrat qui devait la faire grandir a failli l'achever.

Ce schéma se répète avec une régularité déprimante. Il est la conséquence directe d'un besoin en fonds de roulement non anticipé, aggravé par des délais de paiement que la petite entreprise ne peut pas négocier.

Le premier geste : un plan de trésorerie mensuel

Il n'a rien de sophistiqué. Une feuille, douze colonnes, deux blocs. Les encaissements attendus, mois par mois, aux dates où l'argent arrive réellement et non aux dates de facturation. Les décaissements, mois par mois, y compris ceux qu'on oublie : impôts, assurance, entretien du matériel, remboursements, prélèvement personnel du dirigeant.

La ligne qui compte est la dernière : le solde cumulé. Dès qu'elle passe sous zéro, vous connaissez à l'avance le mois où vous serez en difficulté. Cette anticipation, même de six semaines, vaut mieux que toutes les solutions d'urgence. Une négociation menée trois mois avant l'échéance obtient des conditions ; menée la veille, elle obtient un refus.

Le deuxième geste : facturer et relancer

Beaucoup d'entrepreneurs togolais répugnent à relancer un client, par crainte de paraître insistants ou de nuire à la relation. C'est une erreur d'appréciation. Dans les grandes structures, un impayé n'est presque jamais un refus de payer ; c'est une facture qui n'est pas remontée dans le circuit.

Quelques pratiques suffisent à changer la donne. Facturer le jour de la livraison, pas la semaine suivante. Mentionner l'échéance en toutes lettres. Envoyer un rappel courtois trois jours avant la date, pas trois semaines après. Identifier la personne qui déclenche le paiement, qui n'est jamais celle qui a signé le contrat. Et se donner une règle simple : au-delà de soixante jours, on ne livre plus de nouvelle commande à ce client.

Le troisième geste : négocier les deux côtés du cycle

La trésorerie se joue autant à l'achat qu'à la vente. Obtenir quinze jours de crédit fournisseur produit exactement le même effet qu'encaisser quinze jours plus tôt, et c'est souvent plus facile à négocier. Un fournisseur régulier accorde des délais à un client qui paie sans faute ; encore faut-il le demander.

Sur la vente, l'acompte reste l'instrument le plus efficace. Trente à quarante pour cent à la commande n'a rien de choquant sur un produit fabriqué à la demande. Les entrepreneurs qui n'osent pas le demander financent gratuitement leurs clients avec un argent qu'ils n'ont pas.

Le quatrième geste : séparer les caisses

Nous insistons sur ce point à chaque accompagnement. Tant que l'argent de l'entreprise et celui du ménage se mélangent, aucun pilotage n'est possible. Le dirigeant doit se verser une rémunération fixe, modeste si nécessaire, et cesser de puiser dans la caisse au gré des besoins.

Ce n'est pas seulement une question de rigueur comptable. C'est ce qui permet de savoir si l'entreprise gagne de l'argent, de préparer un dossier bancaire crédible, et de résister à la pression sociale qui s'exerce sur tout entrepreneur qui réussit visiblement.

Ce que cela demande vraiment

Une heure par semaine. C'est le temps qu'un dirigeant de petite entreprise doit consacrer à sa trésorerie pour éviter l'essentiel des accidents. Une heure, chaque semaine, à la même heure, pour mettre à jour les encaissements, vérifier les échéances et anticiper le mois suivant.

Les entrepreneurs qui prennent cette habitude changent de statut. Ils cessent de subir les événements et commencent à les choisir. C'est sans doute la compétence de gestion qui produit le meilleur rendement par heure investie, et c'est aussi la plus facile à acquérir.