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L'entrepreneuriat à Impact au Togo · 10/12/2024

L'entrepreneuriat féminin au Togo : enjeux et opportunités

Aucun pays de la sous-région n'a besoin qu'on lui explique que les femmes savent faire du commerce. Au Togo moins qu'ailleurs. Les Nana Benz ont bâti, à partir du marché de Lomé et du pagne wax, des fortunes considérables et des réseaux commerciaux qui allaient d'Amsterdam à Kinshasa, à une époque où aucun programme d'appui à l'entrepreneuriat féminin n'existait. Leurs héritières tiennent encore une part importante du commerce de gros de la capitale.

Cette histoire devrait nous protéger d'un travers courant : parler de l'entrepreneuriat féminin togolais comme d'un phénomène émergent qu'il faudrait susciter. Il est déjà là, massif, et il structure des pans entiers de l'économie. Ce qui est en jeu n'est pas son existence, mais sa capacité à changer d'échelle et de nature.

Une présence forte, une visibilité faible

Les femmes dominent numériquement l'activité entrepreneuriale togolaise. Elles tiennent le commerce de détail, la restauration, la transformation agroalimentaire, les services de proximité, une grande partie de la distribution de produits agricoles. La majorité de ces activités se déroule dans l'informel, avec des unités de petite taille, peu de salariés déclarés et un capital limité.

C'est cette configuration, plus que le genre en lui-même, qui explique une bonne part des difficultés. Une activité informelle n'accède pas au crédit bancaire, ne peut pas soumissionner à un marché public, ne peut pas contracter avec une grande entreprise, ne capitalise pas et ne se transmet pas. Elle procure un revenu, parfois confortable, mais elle ne se transforme pas en patrimoine.

La question stratégique devient alors : comment faire passer une partie de ces activités d'un régime de subsistance à un régime d'accumulation ? Elle appelle des réponses beaucoup plus prosaïques que celles que l'on entend d'ordinaire.

La formalisation, mal comprise

La formalisation est souvent présentée comme une obligation civique ou comme un préalable technique. Elle est d'abord un calcul économique, et les entrepreneures le font très bien. Tant que le coût perçu de la formalisation (impôts, cotisations, temps, exposition) dépasse ses avantages perçus, personne ne franchit le pas, et il n'y a rien d'irrationnel à cela.

L'enjeu est donc de rendre les avantages tangibles et immédiats. Une immatriculation qui permet de décrocher un contrat avec une école, une clinique ou une entreprise minière change le calcul. Un régime simplifié qui plafonne l'imposition les premières années aussi. Nous constatons que les entrepreneures qui se formalisent le font presque toujours pour une raison concrète et identifiable : un client qui l'exige, un crédit qui en dépend, un marché qui s'ouvre.

Trois plafonds à faire sauter

Au-delà de la formalisation, trois obstacles limitent la croissance des entreprises dirigées par des femmes au Togo.

Le premier est l'accès au foncier et donc à la garantie bancaire. Il conditionne tout le reste et se règle partiellement par les mécanismes de garantie et par des instruments adaptés comme le crédit-bail.

Le deuxième est la disponibilité de temps. Une entrepreneure assume dans la plupart des cas l'essentiel des charges domestiques. Cela réduit mécaniquement le temps consacré à la prospection, à la formation, aux démarches administratives et aux réseaux professionnels, où se jouent pourtant beaucoup de choses. Les solutions relèvent moins du discours que de l'organisation : services de garde, horaires d'ateliers adaptés, accompagnement de proximité.

Le troisième est le plafond sectoriel. Les femmes sont concentrées dans des secteurs à faible barrière à l'entrée, donc très concurrentiels et à faible marge. La sortie par le haut passe par la spécialisation et la montée en gamme : transformer plutôt que revendre, certifier plutôt que vendre en vrac, créer une marque plutôt que livrer un produit anonyme.

Là où les choses bougent

Plusieurs évolutions récentes méritent d'être notées. La finance digitale a levé une partie des barrières d'accès aux services financiers : une commerçante qui encaisse par mobile money construit, sans le savoir, un historique de transactions exploitable pour un crédit. Les coopératives de transformation, notamment dans le soja, le karité, l'anacarde et le fonio, permettent d'atteindre des volumes que les unités individuelles n'atteindraient pas. Le commerce en ligne, encore modeste en valeur, ouvre à des créatrices de Lomé des marchés dans la diaspora.

Enfin, et ce n'est pas anecdotique, une génération de jeunes femmes diplômées choisit l'entreprise là où elle aurait autrefois visé la fonction publique ou l'ONG. Elles arrivent avec des compétences en gestion, un usage naturel du numérique et une exigence de professionnalisation qui tire l'ensemble du secteur vers le haut.

Il reste beaucoup à faire, et l'essentiel ne dépend pas des programmes d'appui. Cela dépend de l'accès à la terre, du droit de la famille, de la répartition des charges domestiques, de la qualité des services publics. Autant de chantiers lents. En attendant, chaque entreprise qui passe de trois à quinze salariés fait, à son échelle, une démonstration que les discours ne remplacent pas.