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L'entrepreneuriat à Impact au Togo · 01/07/2025

Les déchets de Lomé, matière première d'une économie en construction

Dans certains quartiers de la périphérie de Lomé, le passage du tricycle de collecte est devenu un repère aussi fiable que la sonnerie de l'école. Un abonnement mensuel de quelques centaines à quelques milliers de francs par ménage, deux ou trois passages par semaine, un opérateur privé qui emploie trois à quinze personnes. Ces entreprises ne font pas la une des conférences sur l'innovation. Elles constituent pourtant l'un des exemples les plus aboutis d'entrepreneuriat à impact que le pays produise.

Une réponse née d'une défaillance

Le service public de collecte ne couvre pas l'ensemble de l'agglomération, en particulier dans les zones d'extension récente où la voirie ne permet pas le passage de camions. Face à ce vide, des opérateurs de proximité ont construit une offre adaptée : petits véhicules, tarification à l'abonnement, relation directe avec les ménages, souvent en lien avec les comités de développement de quartier.

Ce modèle a une qualité rare : il fonctionne sans subvention permanente. Les recettes viennent des usagers. Il a aussi une fragilité structurelle : la marge est mince, les impayés fréquents, et l'aval de la chaîne, c'est-à-dire le traitement, reste largement à construire.

Là où la valeur se crée

Collecter ne rapporte presque rien. Ce sont les étapes suivantes qui font la différence entre une activité de survie et une entreprise.

Le tri d'abord. Séparer plastiques, métaux, organiques et résidus transforme un coût d'élimination en flux de matières valorisables. Cela suppose un site, une organisation du travail et une attention réelle aux conditions de sécurité des trieurs, sujet trop souvent négligé.

La valorisation organique ensuite. Le compost trouve un marché auprès du maraîchage périurbain, à condition d'être régulier en qualité et disponible au bon moment de la saison. Plusieurs unités togolaises ont buté sur ce point : produire du compost est facile, produire toujours le même compost et le vendre à un prix qui couvre les coûts l'est beaucoup moins.

La transformation plastique enfin. Le broyage et la production de granulés ou d'objets moulés, pavés, mobilier urbain ou contenants, offrent des marges plus confortables, mais exigent un investissement en équipement, une alimentation électrique fiable et un marché aval identifié avant l'achat de la machine. Nous avons vu trop de broyeuses immobiles dans des hangars, achetées sur financement de projet sans étude de débouché.

Les cinq erreurs les plus fréquentes

La première consiste à démarrer par l'équipement plutôt que par le contrat. Une machine sans client est un passif.

La deuxième est la sous-tarification de l'abonnement. Beaucoup d'opérateurs fixent un prix bas pour recruter vite, puis découvrent qu'ils ne couvrent pas le carburant, l'entretien du tricycle et les salaires. Relever un tarif après coup coûte des clients.

La troisième est l'absence de contractualisation avec les autorités locales. Une activité de collecte s'exerce sur un territoire ; travailler sans convention avec la commune expose à des conflits de périmètre et interdit d'accéder aux appuis publics.

La quatrième est la négligence des conditions de travail. Gants, chaussures, vaccination, horaires : ce sont des coûts, ce sont aussi la condition d'un turnover supportable et d'une acceptabilité sociale durable.

La cinquième est l'oubli de la mesure. Un opérateur qui sait dire combien de tonnes il a détournées de la décharge, combien d'abonnés il sert et avec quel taux de rétention se finance ; celui qui ne le sait pas reste à la merci du prochain appel à projets.

Un secteur qui va se professionnaliser

La pression urbaine et l'attention croissante portée à la gestion des déchets vont transformer ce marché dans les prochaines années. Deux évolutions se dessinent. La contractualisation avec les communes montera en puissance, ce qui avantagera les opérateurs formalisés, capables de répondre à un appel d'offres et de tenir une comptabilité. Et l'industrie du recyclage régionale, notamment au Ghana et au Nigeria, absorbera des volumes croissants de matières triées, ce qui donnera de la valeur à ceux qui savent produire un gisement homogène.

Pour un jeune entrepreneur, le message est clair. Le métier ne consiste pas à ramasser des ordures. Il consiste à organiser un flux de matière, à en garantir la régularité et la qualité, et à le vendre à quelqu'un qui en a besoin. Formulé ainsi, c'est un métier industriel, et il commence à en avoir les exigences.